Camille au pays de l’anxiété

Ma relation avec l’anxiété a commencé vers 2017, à la deuxième année de Ballet Hop!. Avant ça, je me trouvais ben cool de ne “jamais être stressée”: à l’université, dans mes jobs précédentes, les déménagements, les voyages et tout le reste: je prenais tout ça bien chill, sans aucune trace de nervosité. Je performe bien sous pression et j’aime quand ça bouge, alors je ne comprenais pas comment mes amies pouvaient stresser autant pour des affaires banales du quotidien comme le travail, les amours et la vie en général.

En 2017, le rush d’ouverture de Ballet Hop! était passé. J’avais moins d’adrénaline au quotidien, les choses prenaient un rythme moins urgent. J’ai commencé par me sentir anormalement su’l gros nerf dans des situations banales. Je n’aime clairement pas la confrontation (qui aime ça d’ailleurs?) mais ma réaction physique est devenue un peu intense quand même: je me sentais sur le bord de l’hyperventilation, le coeur qui droppe dans la poitrine à la moindre pensée liée au problème, l’angoissée à penser à tout ce que j’avais à faire. Dans la pire période, mon corps était en mode panique TOUT LE TEMPS: sueurs froides, coeur qui débat, et cerveau qui spinne à 200 à l’heure. Je me sentais étouffer et j’ai pensé que j’allais clairement mourir direct là à plusieurs reprises. FYI, c’est là que l’anxiété devient un problème: quand elle est constante, sans raison apparente et qu’elle te rend dysfonctionelle. Évidemment, cette belle réalisation est venue avec sa chum la culpabilité, parce que t’sé, c’est qui la personne crazy qui paie des vacances pour ne pas en profiter, trop stressée pour aucune raison valable? Ben c’était moi, l’an passé.

Le problème aussi, c’est que l’anxiété te fait parler très bête aux gens qui t’aiment, te rend fatiguée et irritable, te donne mal au coeur et au ventre, t’empêche de dormir (et l’insomnie, c’est stressant, alors bonjour le cercle vicieux). Bref, c’est invivable.

Quand j’ai réalisé que tout ceci était anormal, j’ai fait ni une ni deux, j’ai consulté le livre “Par amour du stress” de Sonia Lupien en compagnie d’une psychologue spécialisée en gestion du stress et de l’anxiété. Selon l’autrice, le stress, c’est du CINÉ: une situation dans laquelle on a peu de Contrôle, qui nous arrive de façon Imprévisible, qui est Nouvelle et qui menace notre Égo. Dans le cas d’une conversation plate avec une collègue, ça donnerait ceci: Elle décide de me parler ici et maintenant alors que je ne m’y étais pas préparée (c’est donc imprévisible), c’est la première fois que je dois confronter cette personne alors je ne sais pas comment la prendre vraiment, finalement elle ne réagit pas comme je l’avais prévu et le ton monte (je n’ai donc pas le contrôle de sa réaction) et finalement la situation me fait perdre mes moyens et je me remets complètement en question. Peut-être que j’exagère le problème et que j’ai eu tort de lui en parler? Et là, bingo, anxiété dans le tapis.

Si on compare à parler d’un problème avec toute personne proche, ça donne plutôt: tu as parlé avec la personne des centaines de fois déjà, tu peux prévoir comment elle réagira puisque tu la connais bien, tu sais qu’elle veut 100% ton bien, donc ton égo n’est pas menacé et c’est plus facile de garder le contrôle sur la conversation avec une personne qui nous est proche. C’est donc moins propice à déclencher des symptômes d’anxiété.

De comprendre ça a déjà facilité beaucoup ma gestion de l’anxiété. Autour de cette idée, j’ai développé plein de trucs et c’est ce que je compte vous partager, si jamais ça peut aider à vous gérer le gros nerf vous aussi:

  • Agir: Allo, je m’appelle Camille, je n’ai aucune patience et je fais tout à toute vitesse. C’est clair que dans mon cas, juste affronter le problème le plus vite possible, ça m’évite de longues minutes/heures à stresser à son propos. Exemple, au lieu de redouter un appel à venir, je fais juste lever le téléphone et le faire. Ceci dit, le désir de tout contrôler et de tout prévoir tout de suite peut parfois être une réaction au malaise et non une solution pour le régler. Mais dans le moment présent, ça me permet de stresser moins longtemps et moins intensément (donc moins d’hormones de stress dans mon sang = je suis contente).

  • Téléphoner: En parlant de téléphone. Les messages textes, les courriels, des fois c’est bon, des fois… ça porte plus à confusion qu’autre chose. J’ai trouvé que de juste parler d’humain à humain dans un bon vieux combiné, c’est souvent apaisant pour tout le monde. On peut sentir la bonne foi de l’autre côté de la ligne et ça calme.

  • Courir: La course, c’est magique. En fait, n’importe quel sport qui fait pomper le coeur en masse (comme ça, il a une meilleure raison de s’énerver). Les battements de ton coeur qui se dépasse à l’exercice camouflent les battements de stress et ça aide à reprendre le dessus. Dans le fond, c’est comme l’idée des PLEURS DANS LA PLUIE. Mario avait tout compris!

  • Toute activité physique: les endorphines sont tes amies. L’endorphine est un neurotransmetteur qui a des effets analgésiques comparables à ceux de la morphine, ce qui n’est pas peu dire, et la meilleure façon d’en générer, c’est par un minimum de 20 minutes d’activité physique modérée (idéalement plutôt d’endurance que de puissance -> d’où la magie de la course). Quelques articles sympa sur le sujet ici, ici, ici et ici.

  • Faire le tri de sa vie: Soigner les symptômes, c’est utile, mais j’aime bien aller au fond des choses et enrayer le problème à la racine. Dans mon cas, j’ai fait la liste des choses qui me drainent de l’énergie et celles qui m’en apportent, et j’ai appris à déléguer. De sentir que le poids d’une situation est sur plusieurs épaules et non juste sur les miennes, ça m’a beaucoup aidée. Aussi, de voir les gens prendre les problèmes à coeur avec moi, mais sans paniquer autant, ça m’a montré que viarge, c’est toujours ben rien que du ballet et la Terre n’arrêtera pas de tourner parce je n’ai pas répondu à ce email à temps.

  • Rythme et habitudes de vie: Les classiques: tenter de dormir plus, manger équilibré et boire beaucoup d’eau. Le verre de vin pour se calmer le pompon: faut être vigilant.es, puisqu’en période de stress, on est plus vulnérables à en faire une habitude (et c’est vraiment pas une bonne idée si on a déjà des soucis de santé mentale). Ceci dit, no shame. Fais juste attention à toi. Une petite dose de CBD semble aider plusieurs personnes, même si les études ne sont pas concluantes pour le moment (je n’ai pas testé personnellement, mais ça fait des miracles sur Stella, le chien vedette de Ballet Hop! qui souffre d’anxiété canine - et ça aide ses articulations). Finalement, peut-être alléger ton agenda une bonne fois pour toutes. Laisser ton téléphone à l’extérieur de ta chambre. Des petites affaires comme ça.

  • Limiter les notifications: J’ai juste enlevé les notifications de TOUTE. Maintenant, je suis toujours en retard dans les conversations avec mes amies, mais au moins, je n’entends pas parler de problèmes liés à la job par surprise. Quand je choisis d’ouvrir mes courriels ou Instagram, c’est quand je suis prête et ça ne me saute pas dans face à tout moment.

  • En jaser: J’ai réalisé que le trois quart de mon entourage connaît l’anxiété ou le stress. Ça fait du bien de parler de nos façons différentes de vivre ça et des trucs qu’on développe. D’en chialer un coup et de trouver qu’on est bien mal prises. On peut aussi juste en rire. Se traiter mutuellement de First World Problem et dédramatiser, ça m’a fait un bien fou.

  • Consulter: Ben oui. C’est ici.

  • Réaliser que c’est un processus non-linéaire: Ça, c’est sans doute LE truc important, selon moi. Une fois que ton anxiété s’améliore et que tu reprends le contrôle de ton rythme cardiaque/sommeil/stress en général, tu es soulagée d’un méchant poids. C’est vraiment un chouette feeling… et là, l’anxiété se repointe le bout du nez et ça fait encore plus mal. La panique peut aisément te pogner et tu peux te dire que tout est à recommencer. Mais non. Le chemin parcouru fait que quand l’anxiété va revenir (ce qu’elle risque de faire ponctuellement), tu sauras la maîtriser plus rapidement. Aussi, arrêter de feeler cheap.. même si c’est plus facile à dire qu’à faire.

  • Et finalement checker son pouls: Ça sonne ridicule, mais depuis que j’ai une montre intelligente, quand je me sens envahie de panique, je regarde si mon pouls a réellement augmenté. Et 98% du temps, non. Ça me rappelle que le “danger” auquel mon corps réagit n’exige pas que je me sauve en courant, que je vais être ok et que je peux respirer.


OUF OK, à ton tour. Vis-tu de l’anxiété ou du stress? Qu’est-ce qui fonctionne pour toi?